Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07 juillet 2008

Qui n'a jamais rêvé de faire péter la banque

Qui n’a jamais rêvé de faire péter la banque !!  

 

 

[La rubrique de JnJ]

 

1er Partie : Vous avez dit trader ?

 

 

La morosité de l’actualité économique attise notre attention sur les milieux financiers et leurs mécanismes. Comprendre pour mieux analyser certaines crises, comme celle de l’affaire Kerviel et la perte de près de 5 milliards d’Euros de la Société Générale - qui aujourd’hui encore reste inexpliquée aux yeux des spécialistes - nous amènent à nous poser la question suivante : qui sont les participants de cette « Grande Finance » qui drainent les petits ruisseaux de l’épargne vers les grands fleuves de l’investissement ?

 

Si je vous dis Trader …vous me dîtes ? Aller je vous aide un peu, Golden Boy, plein aux as, « Bling Bling » dirait notre cher président de la République. Et oui vous n’auriez pas tout à fait tort. Un trader ou opérateur financer est une personne, cadre de statut, travaillant en général pour une  banque en vue de faire fructifier les encours que celle-ci détient de par ses clients qui sont et bien oui…vous et moi. Ces traders sont donc la pour accroître la rentabilité des établissements de crédit. Pour être plus clair et comme Jean de la Fontaine l’affirmait, pour un financier « chaque jour amène son pain ». En effet, les banques rassemblent de grosses sommes d’argent provenant de leurs activités commerciales et des dépôts effectués par leurs clients,  puis utilise cette épargne afin d’investir sur les marchés financiers. En général, le coût de cette épargne ou nous devrions dire cette ressource est beaucoup faible que le rendement obtenu en la plaçant en bourse. C’est donc aux traders que revient le rôle de transformation de l’argent (gagner plus que le coût d’investissement de départ) et l’adage de Jean de la Fontaine est des mieux choisi, sachant qu’avec peu de risque les banques engrangent chaque jour de quoi acheter bien plus qu’une baguette…à suivre

 

 

[La rubrique de JnJ

 

suite…]

 

 

2e Partie : Mais que font-ils chaque jour ?…de l’argent facile !!

 

 

Les traders investissement sur différentes classes d’actifs ou supports (actions, obligations ou dettes d’entreprises, matières premières) et autre  produits complexes dont les marges et la rentabilité expliquent les énormes profits réalisés par les banques. Prenons l’exemple suivant et supposons que vous soyez un trader dont le capital de départ est de 100 Euros. Supposons à présent que ce capital n’est pas gratuit (si seulement..) et que cette ressource vous coûte 3% par an (coût des dépôts pour une banque), soit 3 Euros. Maintenant ils existent plusieurs choix possibles pour vos placements, intégrant divers niveaux de risque.

 

 

 Le bon sens veut que plus le placement est risqué plus il vous rapporte. A contrario, ils existent des obligations très peu risquées émises par des états souverains comme la France et l’Allemagne, dont les rendements peuvent être beaucoup plus importants que le prix de votre ressource. A l’heure de cette rédaction, les emprunts à 10 ans de l’état Français offrent un rendement de l’ordre de 4,70% par an.

 

 

La conclusion est simple et la transaction à mettre en place triviale: vous n’avez qu’à emprunter à 3% et placer à 4,70% avec un rendement garanti de 1,7% sur votre capital de départ. Pour résumer vous venez d’empocher 1,7 Euros mais à y voir de plus près le capital ne vous appartient pas, puisque vous l’avez emprunté ! Vous venez donc de récolter  1,7 Euros net, sans même avoir eu à débourser un centime.

 

 

De plus, votre marge de 1,7 points est largement suffisante, même au cas ou votre refinancement se détériorait à 3,5% ou 4%. En valeur absolue les montants investis dépassent très souvent des dizaines de milliards d’Euros, on comprend donc assez vite comment pas mal de traders ou de banques peuvent alors respectivement dégager de ce type d’activités des salaires et des profits astronomiques…à suivre

 

 

[La rubrique de JnJ]

 

suite

 

 

3e Partie : Un jeu d’argent pas si facile ma foi !

 

 

Dans l’épisode précédent (2e Partie : Mais que font-ils chaque jour ?…de l’argent facile !!), nous avons présenté un principe extrêmement simple qu’est la transformation, c’est-à-dire par quels mécanismes les banques empruntent moins cher pour prêter plus cher et vice versa. En plus de cette facilité que les banques (et par conséquent les traders) ont de trouver l’argent à bas prix, elles bénéficient d’un levier sur leurs propres fonds qui leur permettent de n’investir que très peu pour gagner beaucoup. Ce principe dit de levier est à l’origine de la catastrophe financière de la Société Générale dont les pertes abyssales, générées par l’un de ses traders, n’ont été que les effets pervers ou effets « massue » de ce levier.

 

 

 

Allons un peu plus au fond des choses !

 

 

 

Les marchés financiers offrent la possibilité d’investir sur des paniers d’actions appelés indices. Ces indices sont disons-le des sortes de moyennes pondérées du prix des actions d’un ensemble d’entreprises, dont le capital s’échange librement sur les bourses mondiales ou locales. Prenons l’exemple suivant sur les sociétés du CAC 40, indice phare de la place de Paris, où les 40 plus grandes entreprises françaises sont représentées au sein d’un indice qui évolue aux bons vouloirs des investisseurs et de leurs anticipations sur les résultats des compagnies qui le composent. Cet indice n’est en réalité pas échangeable, ce qui veut dire que vous ne pouvez physiquement pas l’acheter ou le vendre.

 

 

 

Pour un trader voulant être exposé au CAC 40, une solution reviendrait à acheter au même moment toutes les actions selon leurs poids dans le calcul de l’indice. Cette opération étant techniquement très difficile voire impossible à réaliser, le monde de la finance a créé, l’une de ses plus belles inventions : celle de pouvoir acheter ou vendre des indices boursiers lors d’une unique transaction. Comment ça marche me direz-vous ? Et bien, c’est très simple……la suite au prochain numéro.

 

 

 

4e Partie : Quand les marchés s’orientent vers le futur. [….JnJ]

 

 

 

Au lieu d’investir sur l’ensemble des actions composant un indice, vous pouvez négocier en une seule fois, le prix de l’indice à une date future prédéterminée. Ce marché s’appelle un marché à terme sur indice boursier. Un trader peut donc très facilement prendre une position acheteuse ou vendeuse lors d’une seule et même transaction sur cet indice et par conséquent, cela revient à négocier en un seul bloc un ensemble d’actions qu’il aurait été pratiquement impossible d’effectuer en une fois.

 

 

L’un des avantages principaux de cette technique est que les frais de transactions sont fortement réduits et rendent l’investissement très facile à suivre, puisqu’il suffit de faire une simple différence entre le prix d’achat et le prix de vente pour constater sa plus ou moins value.

 

Dans les faits, il s’agit d’un contrat à terme ayant une échéance donnée et où l’ensemble des participants de ce marché, s’accorde à la maturité de ce contrat, à racheter ou revendre leurs positions initiales à un prix de clôture. Ce prix de clôture ou « fixing » correspond au prix moyen auquel les acheteurs et les vendeurs sont prêts à se dessaisir de leurs positions actuelles pour « mettre un terme » à leurs investissements de départ.

 

 

À tout moment de la vie du contrat, un trader peut dénouer sa position au prix de marché faisant foi au moment de la transaction. Aller jusqu’au terme du contrat n’a donc que peu d’intérêt pour un acheteur convaincu que le CAC 40 peut traiter à un prix bien plus élevé avant son échéance. Il préférera donc déboucler sa position avant que celle-ci n’arrive à maturité. Le deuxième avantage majeur de traiter un contrat à terme sur indice boursier est qu’il vous est alors possible d’investir sur un ensemble d’actions en une seule fois sans même avoir à débourser la totalité du montant de votre investissement…affaire à suivre

 

 

 

La rubrique de JnJ revient…

 

5e Partie : Mettons un terme à ces contrats

 

 

Les marchés des contrats à terme ont la faculté d’être des marchés organisés autour d’une chambre de compensation qui se porte garante de mettre les vendeurs en face des acheteurs et inversement. Ainsi chaque acheteur de contrat sera certain de trouver un vendeur acceptant de lui vendre ce même contrat si et seulement ils désirent (l’un et l’autre) transiger au même prix. Dans ce cas, l’acheteur et le vendeur seront exercés sur ce prix commun sans jamais se rencontrer ni même se serrer la main. C’est la chambre de compensation qui se porte alors contrepartie pour l’acheteur et le vendeur et garantit la bonne fin des opérations pour chaque investisseur.

 

 

 Dans ces conditions tout participant à la certitude que tout achat peut être effectué à un certain prix convenu dès l’origine de la transaction, mais également qu’il n’y aura jamais de défaut de la part d’un vendeur ou d’un acheteur afin que les traders solvables puisse exécuter leurs investissements en toute quiétude. De cette manière si toutes les transactions sont garanties, il n’y a plus besoin de verser la totalité du montant à investir et un simple dépôt suffit à l’initiation de tout achat.

 

 

Ainsi, un acheteur de contrat à terme sur l’indice CAC 40 d’échéance 20 juin devra par exemple payer au début de chaque achat 225 Euros par contrat valant par exemple 4910 Euros. Si quelques jours plus tard, ce contrat traite à 4950, le trader ayant acheté un contrat aura gagné 40 Euros (4950 – 4910) sur un investissement initial de 225 Euros. Ainsi le rendement de cet investissement est de +18% (40/225) au lieu d’un rendement de +0,8% s’il avait fallu payer la totalité de l’indice. Cet exemple retrace le principe d’effet de levier.

 

 

Si on espère tous un jour bénéficier de ce levier, celui-ci se comporte un peu comme un médicament car il peut provoquer certains effets indésirables dit effet massue. En reprenant l’exemple précédent, si le contrat à terme avait été dénoué à 4890 Euros, la perte aurait été de 20 Euros, soit un rendement négatif d’environ 9% (-20/225). En ayant investi la totalité de l’indice soit 4910 Euros, la perte relative n’aurait été que de -0,4%. L’effet massue ne prouve qu’une simple chose : le levier joue autant à la hausse qu’à la baisse et il faut être extrêmement prudent quant aux pertes importantes que cela peut procurer.

 

 

C’est un peu la leçon dont la Société Générale se souviendra pour longtemps…demain la pratique !

 

 

6e Partie : Après la théorie, la pratique…l’histoire Kerviel

 

 

Vers la fin de l’année 2007, un trader de la Société Générale prénommé Jérôme Kerviel, était assigné à prendre des positions d’achat/vente sur différents marchés à terme d’indices boursiers. Sa mission consistait donc à acheter puis simultanément vendre des contrats à terme sur des indices cotés sur différentes places financières mais possédant une forte corrélation dans leurs évolutions respectives. Ainsi notre trader devait par exemple acheter des contrats à terme sur le CAC 40 et simultanément vendre d’autres contrats sur le DAX30 (indice allemand) ou encore le S&P 500 (indice américain) et ainsi espérer réaliser un gain en pariant sur la sur performance d’un indice vis-à-vis de l’autre. C’est ce que l’on appelle un arbitrage ou encore arbitrer les indices.

 

 

Si les indices sont fortement corrélés, c’est-à-dire s’ils évoluent de pair, le risque de ce type d’arbitrage reste faible car une position d’achat est annulée par une position de vente. Il n’y a donc pas de position nette acheteuse ou vendeuse et le danger réside dans la divergence et/ou convergence des indices traités. Les gains réalisés sur des positions d’arbitrage ne sont en réalité que les bénéfices des paris sur l’évolution de cette corrélation. Pour parler simplement, disons que l’adage d’acheter un indice bon marché et vendre un indice cher permet en toute logique de gagner de l’argent sans toutefois subir la volatilité des marchés dans son ensemble. Globalement des positions d’arbitrages sont dites plus sûres qu’une position nette acheteuse ou vendeuse car elles sont moins volatiles et donc ont un bon couple rendement/risque.

 

 

Pour revenir sur l’affaire Kerviel, notre trader devait mettre en place des stratégies d’arbitrages à faible niveau de risque, en espérant dégager de petits profits à chaque opération. In fine la somme de ces bénéfices devait atteindre des montants importants en multipliant ces transactions le plus grand nombre de fois possible. Malheureusement Jérôme Kerviel a eu la folie des grandeurs.

 

 

La course au profit était devenue plus qu’un impératif pour recevoir une forte rémunération – les traders étant payés en fonction de l’argent gagné au cours des sessions de marché – les positions se transformant en paris ouverts sur des expositions nettes acheteuses ou vendeuses de taille colossale. Au final notre trader de la Société Générale s’est retrouvé avec une position acheteuse de contrat à terme sur le DAX30 pour une exposition de près de 50 milliards d’Euros. Le vrai souci ne provenait pas forcement de la position globale prise par Jérôme, bien que ce dernier avait déjà depuis longtemps dépassé ses limites de risque de trading, mais bien plus le fait que ses placements n’étaient pas couverts par des positions vendeuses de mêmes tailles et corrélées au DAX30.

 

 

Enfin la conjoncture de fin d’année ne lui a pas donné raison car le marché action commençait à décliner fortement et rendait les achats de contrat DAX30 extrêmement coûteux pour « la banque en rouge et noir ». Quand la position globale fut dévoilée à l’ensemble des dirigeants de la Société Générale, ces derniers n’ont eu d’autres choix que de déboucler au plus vite et au rabais les achats effectués quelques mois, semaines et jours auparavant. La question que l’on se pose encore est comment a-t-il fait pour cacher ses positions ainsi que les profits et pertes qui en découlaient…on regardera ça de plus près au prochain épisode.

 

 

7e Partie : Mais comment Jérôme Kerviel a-t-il fait ?

 

Mais comment as-tu fait JéJé dis donc ?? [rubrique JnJ]

 

 

Et bien ce n’est pas si compliqué ! Avant de devenir trader, Jérôme travaillait au Middle Office, il était donc une sorte de clerc qui comptabilisait les opérations de chaque trader et réconciliait les positions globales afin d’expliquer les résultats journaliers consécutifs aux encours échangés tout au long des séances de marché.

 

 

Jérôme ayant été promu trader connaissait donc parfaitement tous les systèmes de comptabilité et de risque de la division pour laquelle il travaillait, il lui était donc extrêmement facile grâce a l’aide des mots de passe de ses collègues de farfouiller dans les fichiers comptable afin de modifier la position globale de son portefeuille mais également lisser ses résultats journaliers. Il lui fallait donc entrer de fausses opérations dans les systèmes de risque de la banque afin que ses positions réelles ne se fassent pas remarquer.

 

 

On peut donc dire qu’il y a eu un problème d’indépendance entre le Middle Office et le département de trading, puisque si Jérôme n’avait pu avoir accès aux données comptable, le pire aurait été évité.

 

Le seul petit problème est le manque de professionnalisme du département responsable des appels de marge et de la trésorerie. En effet, toute position prise sur des contrats à terme sont compensées à chaque fin de séance de façon à faire apparaître un résultat latent qui sera malgré tout payé ou reçu sur le compte de la banque, compte qu’elle détient auprès de la chambre de compensation (cf. 5e Partie).

 

 

Ce qui est donc flagrant et incompréhensible est le fait qu’il était impossible pour la banque de ne pas savoir que son compte à la chambre de compensation était débiteur de plusieurs milliards d’Euros. La chambre de compensation a envoyé plusieurs messages d’alerte expliquant que les positions de Kerviel devaient être financées et surtout clôturées car la perte devenait incontrôlable. Ce qui échappe encore à la logique provient du fait que nombreux départements au sein d’une banque sont au courant de ces rapports d’appels de marge et le processus n’inclus pas exclusivement le Middle Office, mais aussi le département comptabilité, la trésorerie et le risque management global, lorsque les barrières ont été brisées et que la banque doit savoir si oui ou non elle doit de l’argent au marché.

 

 

Cette histoire restera encore comme l’une des énigmes les plus grandiloquentes de la haute finance, notamment du fait de son ampleur mais il faut remarquer que la fraude était d’une telle simplicité qu’elle aurait du être détectée des les premières opérations effectuées par le trader Kerviel.

 

Les commentaires sont fermés.